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Voisinage

Couper les branches du voisin : ce que la loi permet au Québec

9 min de lecture
Arbre mature poussant sur la ligne séparant deux terrains à Victoriaville : la clôture de perche traverse le cadre, une branche surplombe le toit du cabanon voisin

Une branche de chêne dépassait chez lui. Il l'a coupée. Ça lui a coûté 5 791 $. Le jugement a été rendu le 29 juillet dernier à la Cour des petites créances de Trois-Rivières, et il illustre le malentendu le plus répandu qu'on entend sur nos chantiers : « la branche est chez moi, donc elle est à moi ». Au Québec, c'est faux.

La branche qui dépasse chez vous ne vous appartient pas

L'arbre appartient au propriétaire du terrain où il pousse — au complet, branches comprises, même la partie qui passe au-dessus de la ligne. Le Code civil du Québec ne vous donne pas le droit de couper. Il vous donne le droit d'exiger que ce soit coupé. La nuance a l'air mince. Elle vaut plusieurs milliers de dollars.

Grand chêne poussant d'un côté d'une clôture, dont la cime surplombe largement la toiture du bâtiment voisin à Victoriaville
Un cas typique : l'arbre pousse d'un bord de la clôture, sa cime vit de l'autre bord. Ça reste l'arbre de celui chez qui il pousse.

C'est l'article 985 qui le dit, et ça vaut la peine de le lire mot pour mot :

Le propriétaire peut, si des branches ou des racines venant du fonds voisin s'avancent sur son fonds et nuisent sérieusement à son usage, demander à son voisin de les couper ; en cas de refus, il peut le contraindre à les couper.
— Article 985, Code civil du Québec

Demander, puis contraindre. Jamais « couper soi-même ». Et le mot sérieusement fait le tri : des feuilles dans la gouttière à l'automne, ce n'est pas la même chose qu'une grosse branche appuyée sur la toiture ou que des racines qui soulèvent l'entrée. Le tribunal veut un problème réel, pas un agacement.

Mon voisin refuse de couper ses branches : vos trois recours

1. Parlez-lui — et gardez une trace

Neuf fois sur dix, ça se règle là. Beaucoup de propriétaires ne réalisent tout simplement pas ce que leur arbre fait chez le voisin, parce qu'ils ne le voient jamais de cet angle-là. Envoyez un courriel ou un texto plutôt qu'une conversation par-dessus la clôture : si ça dégénère plus tard, une demande datée vaut infiniment plus qu'un souvenir.

2. La médiation

Si la discussion bloque, la médiation évite d'empoisonner le voisinage pour dix ans. Vous allez continuer à vous croiser dans l'entrée longtemps après le jugement.

Et la médiation citoyenne est gratuite. Les conflits entre voisins en font partie, et l'organisme Équijustice a un bureau à Victoriaville (Arthabaska-Érable) et un à Drummondville (Drummond). Le médiateur ne tranche pas : il aide les deux voisins à se parler, pas forcément face à face, et à trouver eux-mêmes une entente. La démarche est volontaire : votre voisin doit accepter d'y participer.

3. La mise en demeure, puis le tribunal

Si votre voisin refuse toujours, l'étape suivante est la mise en demeure : une lettre formelle qui lui demande de corriger la situation. S'il ne bouge pas après l'avoir reçue, le gouvernement du Québec conseille de consulter un avocat sans tarder. C'est l'avocat qui vous aidera à obtenir une injonction, une ordonnance de la cour qui oblige votre voisin à couper.

Il faudra démontrer la nuisance sérieuse — photos, dates, et souvent une évaluation d'arboriste. Ce n'est pas automatique du seul fait que la branche dépasse. Côté arbre, on peut passer le voir, à Victoriaville, à Drummondville ou entre les deux, et vous remettre nos constats par écrit : contactez notre équipe.

Ce que ça coûte quand on se sert soi-même

Retour au jugement de Trois-Rivières. Le détail qui fait mal : une expertise arboricole avait déjà établi que le chêne était solide et qu'aucune autre intervention de taille n'était nécessaire ni recommandée. La branche a été coupée quand même. La juge a reproché au voisin de s'être fait justice à lui-même. Résultat : 5 361,39 $ en dommages, plus 430 $ de frais.

Il faut comprendre d'où sort ce montant, parce que ce n'est pas une amende. Il n'existe pas de tarif pour « couper la branche du voisin ». La facture est faite de dommages réels : l'expertise, les travaux correctifs sur l'arbre, la perte de valeur ornementale, le stress. C'est précisément pour ça que c'est cher — une amende aurait un plafond, pas ça.

Une précision qu'on lit souvent de travers : la Loi sur la protection des arbres prévoit bien des dommages punitifs pouvant aller jusqu'à 200 $ par arbre détruit ou endommagé sans le consentement du propriétaire. Mais son texte exclut expressément les cas visés par l'article 985 — donc justement ceux des branches qui empiètent chez le voisin. Ces 200 $ ne sont pas ce qui rend la facture salée. Les dommages réels, oui.

Si l'arbre du voisin tombe chez moi, qui paie ?

C'est la question qu'on nous pose le plus après une grosse bourrasque. La réponse dépend d'un seul mot : tempête.

  • Tempête ou vents violents : c'est traité comme un cas de force majeure. Selon CAA-Québec, la responsabilité n'est alors pas liée à l'entretien ni à l'état de santé de l'arbre, mais aux conditions météo. Le voisin dont l'arbre s'est déraciné n'est pas automatiquement en faute, même si l'arbre était en mauvais état.
  • Hors force majeure : le propriétaire répond des dommages causés par son arbre. Une grosse branche morte qui lâche par un beau samedi sans vent, ce n'est pas la même histoire qu'un érable couché par une pointe à 90 km/h.

Ce qui fait basculer un dossier, c'est donc rarement l'état de l'arbre tout seul — c'est la preuve que le propriétaire le savait. Un arbre mort signalé par écrit, avec une date, ce n'est plus un événement imprévisible. C'est aussi pour ça que l'article 985 existe : il vous donne un moyen d'agir avant que l'arbre tombe, pas seulement de vous plaindre après.

Côté assurance

Les grandes lignes, telles que les expliquent les assureurs québécois :

  • Un arbre qui tombe sur votre maison relève normalement de votre propre assurance habitation.
  • Si c'est votre arbre qui abîme la propriété du voisin, c'est le volet responsabilité civile de votre police qui entre en jeu — parce que vous êtes responsable de votre arbre.
  • Les assureurs rappellent aussi que la prévention incombe à l'assuré, et recommandent une inspection régulière des arbres matures.

Comment on a fait la job la semaine passée

On a justement dégagé, cette semaine à Victoriaville, un chêne dont les branches surplombaient la toiture du voisin. Ce qui rend ce chantier-là parfaitement banal — et c'est tout le propos —, c'est que les deux voisins étaient au courant et d'accord avant qu'on arrive. Personne n'a eu à brandir un article de loi. Ils s'étaient parlé.

C'est la même situation qu'à Trois-Rivières. Un gros arbre, une limite de terrain, des branches qui dérangent. La seule différence tient dans une conversation.

Chêne mature dont les branches surplombent la toiture de la maison voisine à Victoriaville, avant l'élagage

Avant

La même toiture dégagée après l'élagage : les branches ne surplombent plus le toit et le chêne garde sa forme naturelle

Après

Le même mur, avant et après. Le chêne n'a pas été étêté — on a retiré ce qui surplombait la toiture, et l'arbre garde sa silhouette.

C'est le genre de chantier qui se règle en une demi-journée quand tout le monde est d'accord, et qui traîne des années quand personne ne se parle. Les branches partent à la déchiqueteuse au fur et à mesure, et il ne reste rien à ramasser de part et d'autre de la clôture.

Arboriste Apex alimentant la déchiqueteuse avec les branches retirées au-dessus de la toiture voisine, à Victoriaville
Les branches passent à la déchiqueteuse sur place. Le terrain du voisin est rendu comme on l'a trouvé.

Le bon réflexe est le même dans les deux sens. Si c'est votre arbre qui dérange, faites-le tailler : un élagage coûtera toujours moins cher qu'un recours. Si c'est celui du voisin : demandez, par écrit, et laissez-lui le mandat de faire faire le travail.

Et quand un client nous appelle pour couper une branche qui ne lui appartient pas, on le lui dit franchement plutôt que de prendre le contrat. Ce n'est pas de la prudence excessive : c'est exactement le scénario qui a coûté 5 791 $ à un gars de Trois-Rivières.

Questions fréquentes sur les branches du voisin

Puis-je couper les branches de mon voisin qui dépassent chez moi ?
Non, pas de vous-même. L'article 985 du Code civil vous permet de demander à votre voisin de les couper, et de le contraindre s'il refuse — mais l'arbre reste à lui, branches comprises. Couper sans son accord vous expose à payer les dommages réels.
Mon voisin refuse de couper ses branches : qu'est-ce que je fais ?
Faites votre demande par écrit et gardez-en une copie datée, puis proposez la médiation citoyenne, qui est gratuite. S'il refuse toujours, envoyez-lui une mise en demeure ; ensuite, un avocat peut vous aider à obtenir une injonction de la cour — à condition de démontrer que les branches ou les racines nuisent sérieusement à l'usage de votre terrain.
Ce sont mes branches qui dépassent chez le voisin. Suis-je obligé de les couper ?
Si elles nuisent sérieusement à l'usage de son terrain, oui : il peut vous le demander, puis vous y contraindre, et vous restez généralement responsable des dégâts qu'elles causent chez lui. Pour les faire tailler, l'article 987 du Code civil l'oblige à laisser accéder à son terrain si c'est nécessaire, une fois avisé ; en retour, son terrain doit être remis en état.
L'arbre du voisin menace de tomber sur ma maison. Ai-je un recours avant qu'il tombe ?
Oui. Le même article 985 permet de contraindre votre voisin à abattre l'arbre ou à le redresser s'il menace de tomber sur votre terrain. C'est le bon moment pour faire évaluer l'arbre par écrit : ça documente le risque et la date à laquelle il était connu.
Est-ce que je peux couper les racines du voisin qui passent sous mon terrain ?
Même règle que pour les branches : le Code civil parle des racines exactement dans les mêmes termes. Vous pouvez exiger qu'elles soient coupées si elles nuisent sérieusement, pas les couper vous-même. Et couper des racines porteuses peut déstabiliser un arbre mature — ça déplace le problème au lieu de le régler.
Sur Internet, on lit qu'on peut couper soi-même les racines et qu'un arbre doit être à 2 mètres de la ligne. Est-ce vrai au Québec ?
Non. Ces deux règles viennent du Code civil français (articles 671 et 673), pas du nôtre. Au Québec, l'article 985 ne permet de couper soi-même ni les branches ni les racines, et la loi ne fixe aucune distance de plantation précise — votre municipalité peut toutefois avoir ses propres règles, alors vérifiez auprès d'elle.
Le voisin m'a donné son accord verbal. Est-ce suffisant ?
Ça vaut mieux que rien, mais un accord verbal se rétracte et ne se prouve pas. Un courriel ou un texto qui décrit ce qui sera coupé et sur quel arbre prend deux minutes à écrire. Sur nos chantiers en limite de terrain, on s'assure que l'accord existe avant de commencer.
Vous pouvez venir voir l'arbre et me dire ce qui est faisable ?
Oui, l'évaluation est gratuite et se fait sur place, partout entre Victoriaville et Drummondville. On vous dit ce que l'arbre demande, ce qui relève de votre terrain ou de celui du voisin, et on vous remet le tout par écrit.
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Soumission gratuite, sur place. On évalue, on vous explique, et vous décidez ensuite.