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Voisinage

Couper les branches du voisin : ce que la loi permet au Québec

8 min de lecture
Arbre mature poussant sur la ligne séparant deux terrains à Victoriaville : la clôture de perche traverse le cadre, une branche surplombe le toit du cabanon voisin

Une branche de chêne dépassait chez lui. Il l'a coupée. Ça lui a coûté 5 791 $. Le jugement a été rendu le 29 juillet dernier à la Cour des petites créances de Trois-Rivières, et il illustre le malentendu le plus répandu qu'on entend sur nos chantiers : « la branche est chez moi, donc elle est à moi ». Au Québec, c'est faux.

La branche qui dépasse chez vous ne vous appartient pas

L'arbre appartient au propriétaire du terrain où il pousse — au complet, branches comprises, même la partie qui passe au-dessus de la ligne. Le Code civil du Québec ne vous donne pas le droit de couper. Il vous donne le droit d'exiger que ce soit coupé. La nuance a l'air mince. Elle vaut plusieurs milliers de dollars.

Grand chêne poussant d'un côté d'une clôture, dont la cime surplombe largement la toiture du bâtiment voisin à Victoriaville
Un cas typique : l'arbre pousse d'un bord de la clôture, sa cime vit de l'autre bord. Ça reste l'arbre de celui chez qui il pousse.

C'est l'article 985 qui le dit, et ça vaut la peine de le lire mot pour mot :

Le propriétaire peut, si des branches ou des racines venant du fonds voisin s'avancent sur son fonds et nuisent sérieusement à son usage, demander à son voisin de les couper ; en cas de refus, il peut le contraindre à les couper.
Article 985, Code civil du Québec

Demander, puis contraindre. Jamais « couper soi-même ». Et le mot sérieusement fait le tri : des feuilles dans la gouttière à l'automne, ce n'est pas la même chose qu'une grosse branche appuyée sur la toiture ou que des racines qui soulèvent l'entrée. Le tribunal veut un problème réel, pas un agacement.

Vos trois recours, dans l'ordre

1. Parlez-lui — et gardez une trace

Neuf fois sur dix, ça se règle là. Beaucoup de propriétaires ne réalisent tout simplement pas ce que leur arbre fait chez le voisin, parce qu'ils ne le voient jamais de cet angle-là. Envoyez un courriel ou un texto plutôt qu'une conversation par-dessus la clôture : si ça dégénère plus tard, une demande datée vaut infiniment plus qu'un souvenir.

2. La médiation

Si la discussion bloque, la médiation coûte une fraction d'un recours judiciaire et évite d'empoisonner le voisinage pour dix ans. Vous allez continuer à vous croiser dans l'entrée longtemps après le jugement.

3. Le tribunal

En dernier recours, un juge peut contraindre votre voisin à couper. Il faudra démontrer la nuisance sérieuse — photos, dates, et souvent une évaluation d'arboriste. Ce n'est pas automatique du seul fait que la branche dépasse.

Ce que ça coûte quand on se sert soi-même

Retour au jugement de Trois-Rivières. Le détail qui fait mal : une expertise arboricole avait déjà établi que le chêne était solide et qu'aucune autre intervention de taille n'était nécessaire ni recommandée. La branche a été coupée quand même. La juge a reproché au voisin de s'être fait justice à lui-même. Résultat : 5 361,39 $ en dommages, plus 430 $ de frais.

Il faut comprendre d'où sort ce montant, parce que ce n'est pas une amende. Il n'existe pas de tarif pour « couper la branche du voisin ». La facture est faite de dommages réels : l'expertise, les travaux correctifs sur l'arbre, la perte de valeur ornementale, le stress. C'est précisément pour ça que c'est cher — une amende aurait un plafond, pas ça.

Une précision qu'on lit souvent de travers : la Loi sur la protection des arbres prévoit bien des dommages punitifs pouvant aller jusqu'à 200 $ par arbre détruit ou endommagé sans le consentement du propriétaire. Mais son texte exclut expressément les cas visés par l'article 985 — donc justement ceux des branches qui empiètent chez le voisin. Ces 200 $ ne sont pas ce qui rend la facture salée. Les dommages réels, oui.

Si l'arbre du voisin tombe chez moi, qui paie ?

C'est la question qu'on nous pose le plus après une grosse bourrasque. La réponse dépend d'un seul mot : tempête.

  • Tempête ou vents violents : c'est traité comme un cas de force majeure. Selon CAA-Québec, la responsabilité n'est alors pas liée à l'entretien ni à l'état de santé de l'arbre, mais aux conditions météo. Le voisin dont l'arbre s'est déraciné n'est pas automatiquement en faute, même si l'arbre était en mauvais état.
  • Hors force majeure : le propriétaire répond des dommages causés par son arbre. Une grosse branche morte qui lâche par un beau samedi sans vent, ce n'est pas la même histoire qu'un érable couché par une pointe à 90 km/h.

Ce qui fait basculer un dossier, c'est donc rarement l'état de l'arbre tout seul — c'est la preuve que le propriétaire le savait. Un arbre mort signalé par écrit, avec une date, ce n'est plus un événement imprévisible. C'est aussi pour ça que l'article 985 existe : il vous donne un moyen d'agir avant que l'arbre tombe, pas seulement de vous plaindre après.

Côté assurance

Les grandes lignes, telles que les expliquent les assureurs québécois :

  • Un arbre qui tombe sur votre maison relève normalement de votre propre assurance habitation.
  • Si c'est votre arbre qui abîme la propriété du voisin, c'est le volet responsabilité civile de votre police qui entre en jeu — parce que vous êtes responsable de votre arbre.
  • Les assureurs rappellent aussi que la prévention incombe à l'assuré, et recommandent une inspection régulière des arbres matures.

Comment on a fait la job la semaine passée

On a justement dégagé, cette semaine à Victoriaville, un chêne dont les branches surplombaient la toiture du voisin. Ce qui rend ce chantier-là parfaitement banal — et c'est tout le propos —, c'est que les deux voisins étaient au courant et d'accord avant qu'on arrive. Personne n'a eu à brandir un article de loi. Ils s'étaient parlé.

C'est la même situation qu'à Trois-Rivières. Un gros arbre, une limite de terrain, des branches qui dérangent. La seule différence tient dans une conversation.

Chêne mature dont les branches surplombent la toiture de la maison voisine à Victoriaville, avant l'élagage

Avant

La même toiture dégagée après l'élagage : les branches ne surplombent plus le toit et le chêne garde sa forme naturelle

Après

Le même mur, avant et après. Le chêne n'a pas été étêté — on a retiré ce qui surplombait la toiture, et l'arbre garde sa silhouette.

C'est le genre de chantier qui se règle en une demi-journée quand tout le monde est d'accord, et qui traîne des années quand personne ne se parle. Les branches partent à la déchiqueteuse au fur et à mesure, et il ne reste rien à ramasser de part et d'autre de la clôture.

Arboriste Apex alimentant la déchiqueteuse avec les branches retirées au-dessus de la toiture voisine, à Victoriaville
Les branches passent à la déchiqueteuse sur place. Le terrain du voisin est rendu comme on l'a trouvé.

Le bon réflexe est le même dans les deux sens. Si c'est votre arbre qui dérange, faites-le tailler : un élagage coûtera toujours moins cher qu'un recours. Si c'est celui du voisin : demandez, par écrit, et laissez-lui le mandat de faire faire le travail.

Et quand un client nous appelle pour couper une branche qui ne lui appartient pas, on le lui dit franchement plutôt que de prendre le contrat. Ce n'est pas de la prudence excessive : c'est exactement le scénario qui a coûté 5 791 $ à un gars de Trois-Rivières.

Questions fréquentes

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